PATRIMOINE NORMAND

Le triomphe des Hauteville

Le duc et le Grand Comte

Du statut de simples pions à leur arrivée dans la péninsule Italique, les Normands sont passés à celui de maîtres de l’échiquier dans la plupart des territoires situés au sud de Rome. Reste maintenant à éliminer les dernières pièces ennemies et à mater l’ensemble de leurs adversaires, musulmans de Sicile inclus.

Robert Guiscard et Roger de Hauteville. Image romantique, dans Les marins illustres de la France, Léon Guérin, Paris, 1861. (© Collection particulière)

Robert Guiscard et Roger de Hauteville. Image romantique, dans Les marins illustres de la France, Léon Guérin, Paris, 1861. (© Collection particulière)

Mis à jour le 30 octobre 2025 à 23:31 Par
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En 1057, Onfroi de Hauteville passe à son tour de vie à trépas et confie la régence à Robert, au nom d’Abélard, son jeune fils. Certes, Guiscard veille sur l’enfant, auquel il aurait fort bien pu arriver un malencontreux accident… Il profite néanmoins de l’opportunité pour revendiquer le titre comtal et la primauté sur les Normands de Pouille, au grand dam de Pierre de Trani qui entre une fois encore en rébellion. Une nouvelle confrontation armée sera nécessaire pour faire rentrer celui-ci dans le rang. Afin de mieux ancrer son autorité, sa légitimité, mais aussi préparer l’annexion de la dernière ville lombarde indépendante, Robert répudie sa première femme, une Normande nommée Auberée, qui lui avait donné un fils, Bohémond. En 1058, il épouse en secondes noces la sœur de Gisulf, fils et successeur de Guaimar IV à la tête de la principauté de Salerne. Voilà Robert, déjà en position hégémonique autant en Pouille qu’en Calabre, en bonne place pour s’accaparer Salerne. Ne lui manque que la reconnaissance de son statut par une autorité incontestable. Et c’est du Saint-Siège qu’elle va arriver.

Fin de partie en Calabre et en Pouille

À la mort d’Étienne IX, plutôt hostile aux Normands, lui succède Nicolas II, qui doit faire face à la concurrence de l’antipape Benoît X. Pour émanciper l’Église de l’encombrante tutelle impériale, Nicolas choisit de se rapprocher des deux Normands les plus puissants, Richard d’Aversa – désormais maître de Capoue – et Robert Guiscard. En 1059, il convoque à Melfi, cette cité si importante symboliquement, un synode réunissant une centaine de têtes mitrées. Il y affirme quelques principes à la base de la future réforme grégorienne, comme l’interdiction pour les prêtres d’avoir une compagne. Mais surtout, un véritable pacte y est scellé entre Richard et Robert d’une part, le pape d’autre part. À cette occasion, en échange d’une protection des églises et de la papauté, d’un serment d’allégeance et du versement d’un cens, Richard se voit confirmer ses titres de comte d’Aversa et de prince de Capoue. Quand à Robert, il devient officiellement « par la grâce de Dieu et de saint Pierre duc de Pouille et de Calabre, […] futur duc de Sicile. » Non seulement ses conquêtes se retrouvent validées de facto, mais le pape [et plus accessoirement Dieu] lui donne pour mission de chasser les arabes de Sicile.

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