« J’ai vu Rouen. Dis à Boulanger que j’ai vu Rouen ! »

Dans une lettre adressée à son épouse, c’est par cette formule presque extatique que Victor Hugo résume son enthousiasme après avoir arpenté les rues tortueuses de la métropole normande. Deux siècles plus tard, malgré les inévitables bouleversements liés à la Seconde Guerre mondiale et à la modernisation galopante qui s’ensuivit, l’émerveillement reste intact dans ce véritable musée en plein air.

La somptueuse façade de la cathédrale de Rouen, l’édifice emblématique de la cité, dans la lumière rasante d’un coucher de soleil.

La somptueuse façade de la cathédrale de Rouen, l’édifice emblématique de la cité, dans la lumière rasante d’un coucher de soleil. (© Benoît Eliot)

De nos jours, les voyageurs n’arrivent plus à Rouen par la diligence des Messageries royales, comme autrefois le génial auteur de Notre-Dame de Paris. Le train est de loin le mode de transport le plus commode pour rejoindre la ville et c’est donc sur le quai de la gare que débute notre parcours de découverte.

1. Un saut dans l’entre-deux-guerres

Cette gare de Rouen a une histoire singulière qui lui confère un aspect assez unique. Lancé en 1913, alors que l’Art nouveau régnait en maître, son chantier se trouva considérablement ralenti par la Première Guerre mondiale. Le bâtiment ne fut achevé qu’en 1928, en plein triomphe de l’Art déco. Son architecte, Adolphe Dervaux, tint compte de cette évolution des tendances et modifia son projet originel. Il livra à la postérité un bâtiment hybride, à la fois enfant de la Belle Époque et des Années folles, qui lui vaut parfois le qualificatif d’Art nouveau tardif. Ajoutons à cela un soupçon de néoclassicisme au niveau de la tour de l’horloge, et l’on comprendra toute l’originalité de cette porte d’entrée de la cité. La salle des pas perdus, cathédrale aux voûtes en béton, est par ailleurs ornée en 1967 de superbes fresques signées du peintre normand Robert Savary (1920-2000).

Première surprise en quittant l’édifice, on ne débarque pas ici au beau milieu de maisons à pans de bois, comme la réputation de Rouen pourrait le laisser penser, mais dans un quartier de pur style Art déco. À l’est s’élève l’élégant immeuble de la poste. Sur le trottoir ouest, le bar-brasserie Métropole est une institution locale. Classé Monument historique en 2000, il a fait l’objet d’une restauration intégrale par son nouveau propriétaire, lui redonnant son lustre des années 1930. Là se rencontraient à cette époque deux jeunes professeurs de philosophie, l’un muté au lycée du Havre, l’autre au lycée Jeanne-d’Arc de Rouen. Dans La force de l’âge, Simone de Beauvoir écrit : « Sur la place, à proximité, il y avait un café rouge, le Métropole, où je prenais mon petit-déjeuner. » Son buste trône aux côtés de celui de Jean-Paul Sartre à l’intérieur de l’établissement.

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