Le Jardin Conservatoire
Fleurs et légumes du pays d’Auge
À Saint-Pierre-sur-Dives, la rue pavée Saint-Benoît longe les anciens bâtiments conventuels de l’abbaye Notre-Dame de l’Épinay. De l’autre côté, derrière un mur, se cache un jardin singulier, gardien de la mémoire végétale du pays d’Auge. Créé en 1995 sur une parcelle de 600 m², à l’emplacement d’anciennes pépinières qui s’étendaient jusqu’à la Dives, il rassemble aujourd’hui quelque 450 variétés anciennes de fleurs et de légumes.
Vue d’ensemble du Jardin Conservatoire des fruits et légumes du pays d’Auge, un espace clos cédé par la Ville de Saint-Pierre-sur-Dives, face à l’abbaye Notre-Dame-de-l’Epinay. (© Rodolphe Corbin)
Un inventaire mené par Montviette Nature
Assise au fond du jardin, Christiane Dorléans affiche un sourire rayonnant. Est-elle la fée qui, d’un coup de baguette magique, fit s’épanouir ici tant de plantes inconnues et intrigantes ? Animée de passion, grâce au fruit de ses recherches et celles de botanistes et historiens normands – associés à ce projet ainsi qu’au collectage de nombreux témoignages –, Christiane Dorléans, maître d’œuvre de ce musée végétal, a su y faire fructifier toutes les compétences et souvenirs ancestraux. Afin de mieux transmettre ces savoir-faire et ces connaissances, elle anime volontiers des conférences et organise des expositions et des ateliers. « Tout a commencé chez mon grand-père, avoue notre guide. Il avait dans son jardin un petit pois qu’il nommait ‘‘le petit pois bleu’’ que le grainetier ne faisait plus. » Il s’agit sans doute du ‘‘pois capucin bleu’’, à rames et à cosse violette, celui que l’association Montviette Nature1 a préservé et répertorié comme plante ancienne normande, cultivée dans le pays d’Auge. Cette association a été créée à l’occasion d’un spectacle historique nécessitant des recherches. Le collectif s’est ensuite intéressé aux chemins vicinaux puis à la flore et à la faune locales.
En 1990, Montviette Nature dresse un inventaire des variétés cultivées dans les jardins et figurant encore dans les catalogues de grainiers normands2, mais progressivement évincées des catalogues par les graines hybrides depuis 1960. « Les inventaires sont nécessaires, explique la présidente de Montviette Nature, mais ça m’ennuie très vite, il fallait aller plus loin. » Soixante plantes disparues peuvent ainsi être identifiées et décrites. Grâce à une enquête sur le terrain, auprès des collectionneurs, propriétaires de jardins privés ou publics, monastiques ou presbytéraux, et l’apport de témoignages des anciens, une trentaine d’entre elles est retrouvée. « En visitant les jardins, nous nous sommes aussi intéressés à l’association des plantes et à la toponymie. Le rapport avec la plante est évident pour les parcelles ou lieux-dits, comme le Vieux Sainfoin ou le Petit Sainfoin, fréquents en pays d’Auge. »
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Notes
- L’association créée à Montviette dans le pays d’Auge signe en 1991 la charte « 1000 communes pour
l’environnement européen ». - Catalogues de graines de la maison R. Guesdon (Sourdeval-la-Barre) et de la maison A. Lenormand (Caen,1901-1909).
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