L’abbaye cistercien­­ne de Villers-Canivet

En pays de Falaise

Le chemin qui contourne les murs de clôture de l’ancienne abbaye Sainte-Marie-aux-Dames de Villers-Canivet, aujourd’hui privée, permet d’appréhender l’importance de ce monastère de moniales créé au XIIe siècle et démantelé à la Révolution. Grâce à la passion de ses propriétaires actuels, récompensée par de nombreux labels1, l’ensemble cistercien, inscrit en 1994 au titre des Monuments historiques, peut se visiter.

Vue aérienne de l’abbaye de Villers-Canivet, ceinte de ses murs de clôture et bordée, au nord, par son étang.

Vue aérienne de l’abbaye de Villers-Canivet, ceinte de ses murs de clôture et bordée, au nord, par son étang. (© Patrice Rocher)

Un ensemble historique en péril

Devant l’ancienne porterie de la ferme abbatiale, Patrice Rocher accueille ses visiteurs. Son sourire affiche la satisfaction du maître d’œuvre qui a sauvé des ruines un ensemble historique qu’il tente de mettre en valeur, mais reflète aussi le bonheur de vivre dans ce lieu paisible clos de murs au milieu des champs. Patrice et Susan ont acquis la propriété en 1976 sur un coup de cœur, ou plutôt un coup de foudre. « Je suis un grand pêcheur devant l’éternel, pas seulement un mécréant, mais j’aime tout simplement pêcher au bord de l’eau », ironise Patrice Rocher. L’étang de l’ancienne abbaye, qui s’étend sur 4,4 hectares, a donc prévalu au choix du couple. Ensuite la réalité a repris le dessus ; la cour était boueuse ; à part quelques tilleuls, pas un arbre dans le vaste parc ; la porterie du XIIIe siècle, la grange aux dîmes du XVIe siècle, deux puits, un potager et un verger ajoutaient une valeur inestimable à ce cadre rustique. Il allait falloir cependant tout reconstruire ou restaurer en respectant les règles de l’art du bâtisseur. « Je suis en quelque sorte un polytechnicien, j’ai appris avec mon épouse à déblayer les gravats, à monter des murs à la chaux, à couvrir les toits de tuiles, à jardiner, à planter… »

Dans le parc, les tilleuls vieux de près de 300 ans cohabitent aujourd’hui avec les hêtres, les saules, les bouleaux ombrageux et les fleurs odorantes. Après avoir consacré plusieurs années à restaurer la maison d’habitation, il convenait de s’attaquer aux couvertures des bâtiments. L’effondrement de murs de la porterie, la dégradation des murs de clôture d’une longueur de 2 kilomètres, dont la moitié sur la propriété, imposaient une action urgente. De plus, des travaux de déblaiement mirent au jour de nouveaux vestiges de maçonnerie, des fondations qui devaient être consolidées. Le montant des devis amène le couple à rechercher des financements publics et privés plus conséquents. Ici il faut réparer et reconstruire sans cesse. Grâce à l’appui de la Région, de l’État, d’une fondation privée, ainsi qu’à l’apport des propriétaires et de l’association des Amis de l’Abbaye de Villers-Canivet – auxquels s’ajoutent la location des salles et les revenus touristiques –, le projet de restauration démarré en 1976 a pu être poursuivi.

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Notes

  1. Prix national des Vieilles Maisons Françaises, label de la Fondation du patrimoine et prix d’honneur du mécénat privé.
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