Patrimoine Normand

Christian Dior et Granville

Derrière le couturier mondialement célèbre se cache un enfant de Granville profondément attaché à ses origines normandes. La villa Les Rhumbs, le jardin imaginé avec sa mère, les carnavals de la cité corsaire et le dynamisme d’une famille d’industriels visionnaires ont façonné l’univers de Christian Dior. Retour sur les racines granvillaises d’un créateur qui n’oublia jamais sa terre natale.

Granville – La villa des Rhumbs, un lieu inspirant dans un jardin secret. Aujourd'hui musée Christian-Dior.

Granville – La villa des Rhumbs, un lieu inspirant dans un jardin secret. Aujourd’hui musée Christian-Dior.(Photo Rodolphe Corbin © Patrimioine Normand)

Mis à jour le 2 juin 2026 à 09:10 Par
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« Moi qui suis d’une famille bourgeoise, consciente de l’être et qui en était fière, j’ai conservé le goût des constructions solides et éprouvées chères aux Normands. »
Quand il évoquait ses demeures ou ses créations, Christian Dior se référait souvent à ses origines ; et cette appartenance à une tradition lui sembla toujours essentielle.
La face cachée de cet homme complexe, qui se présente volontiers comme un être double dans ses écrits, est une enfance proustienne, lors de laquelle sa profonde sensibilité s’attacha à une mère dont l’élégance resta à jamais pour lui le modèle de la féminité. De cette enfance, il conserva la passion, par sa mère transmise, du décor et des vastes demeures remplies d’objets.

L’œuvre commune à la mère et au fils fut le jardin de la villa des Rhumbs. Sur cette falaise alors isolée, un univers particulier avait été aménagé, une architecture de terrasses et de plantations, et tout particulièrement le chemin de la falaise, paysage recomposé comme une riviera imaginaire. Plus tard, à Milly comme à la Colle Noire, Christian Dior chercha toujours à reconstituer ce jardin clos qui protégea son enfance.
La famille Dior fit partie de cette bourgeoisie entreprenante, qui au XIXe siècle sut bâtir sa fortune en misant sur le développement industriel. Issue de souche rurale et depuis des siècles à l’ombre de l’abbaye de Savigny-le-Vieux, elle n’en marqua pas moins une différence avec le milieu des notables normands en traduisant un goût du risque et de l’innovation.

Christian Dior à 18 ans dans le jardin de la falaise.

Christian Dior à 18 ans dans le jardin de la falaise. (© Musée Christian-Dior)

L’arrière grand-père de Christian Dior entreprit sous Louis-Philippe une activité qui resta la spécialité de la famille, la fabrication des engrais, et qui l’enrichit considérablement. Ses fils associés franchirent avec succès toutes les étapes de la grande évolution industrielle et la génération suivante poursuivit avec autant de prospérité l’activité en l’étendant à l’importation du guano péruvien, puis à la chimie des phosphates, ce qui les amena à la fabrication de nouveaux produits Dior : savon, lessive…
Ainsi pionniers de l’industrie-chimique dans l’ouest, les Dior acquirent en deux générations une grande aisance et la maturité propre à susciter des personnalités profondes et complexes, qui conduisit les membres des générations suivantes à des carrières aussi diverses que remarquables.

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