Photographie et impressionnisme
Dialogue d’art d’art
Pour cette cinquième édition d’un festival à l’écho désormais international, les musées de la région ont une nouvelle fois mis les petits plats dans les grands. Cent cinquante ans après la première exposition impressionniste, les liens unissant la Normandie et ce courant artistique majeur sont toujours aussi forts. La peinture donc, mais aussi un art tout nouveau qui se développe rapidement : la photographie !
Le chemin de fer est sans aucun doute la grande révolution du XIXe siècle. Claude MONET, Train dans la campagne, vers 1870, huile sur toile, 50 x 65,3 cm, Paris, Musée d’Orsay, œuvre récupérée à la fin de la Seconde Guerre mondiale et confiée à la garde des musées nationaux en 1950. (© RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) /Hervé Lewandowski)
Presque tous les grands maîtres de l’impressionnisme ou des courants précurseurs – réalisme et école de Barbizon notamment – ont, à un moment ou à un autre de leur existence, posé leur chevalet quelque part en Normandie. Honneur aux dames avec Berthe Morisot, la figure féminine emblématique du mouvement ; chantre des atmosphères familiales feutrées et des scènes domestiques, elle a séjourné à Fécamp, a peint le bassin de Cherbourg ou la plage des Petites-Dalles. Du côté de ces messieurs, Camille Pissarro s’employa vers la fin de sa vie à saisir l’ambiance si particulière des ports de Rouen, du Havre et de Dieppe. Outre son cher Giverny et son intemporel soleil levant du Havre, Monet a immortalisé les régates et le front de mer à Sainte-Adresse, la cathédrale de Rouen, les faaises d’Étretat ou de Pourville, Honfleur et ses alentours… Eugène Boudin a saisi sur le vif les lumières si changeantes de l’estuaire, ce qui lui valut de la part de Camille Corot le surnom – mérité – de « roi des ciels ». Le discret et timide Louis-Alexandre Dubourg, au travail bien trop méconnu, s’est beaucoup penché sur le monde des travailleurs de la mer de son Honfleur natal. Le non moins timide Johan Barthold Jongkind, également grand amoureux de Honfleur, en a peint les quais et les grands voiliers. Pierre-Auguste Renoir ramena de belles toiles d’un séjour dans l’île Anglo-Normande de Guernesey, et les Daubigny, père et fils, ont succombé aux charmes du village de Villerville, avec ses grèves incandescentes à l’heure du soleil couchant. Même le malheureux Frédéric Bazille, inconditionnel du Languedoc où il était né en 1841, eut le temps de peindre une marine à Sainte-Adresse, avant que sa courte vie ne soit fauchée par une balle allemande au combat de Beaune-la-Rolande, en 1870.
Ne bougez plus, s’il vous plaît
L’émergence de l’impressionnisme est indissociable de l’essor du progrès technologique. Outre les inventions du chevalet portatif et des tubes de peinture, le développement du chemin de fer facilite les déplacements et permet de partir de plus en plus loin en quête de nouveaux motifs. Et puis, il y a bien sûr la photographie, née grâce à de longs travaux et expériences menés par Nicéphore Niépce et Louis Daguerre1. Les procédés ne cessent de s’améliorer dans la seconde moitié du XIXe siècle, et le nombre de photographes augmente de façon exponentielle, eux-mêmes devenant des artistes à part entière et des témoins de leur époque. Clin d’œil de l’histoire, c’est d’ailleurs dans les étages de l’atelier de l’un des plus célèbres d’entre eux, Félix Tournachon (1820-1910), passé à la postérité sous le pseudonyme de Nadar, que le 15 avril 1874 ouvre la « Première exposition » de la Société anonyme coopérative des artistes peintres, sculpteurs et graveurs. On connaît la réaction du Charivari (voir l’article Un été impressionniste avec Claude Monet), emblématique des critiques qui inondent les colonnes de la presse. Aussi, la plume de Léon de Lora, dans Le Gaulois, tranche-t-elle au milieu de ce concert d’indignation : « Nous serions très heureux de voir réussir les artistes de cette nouvelle société. Leurs efforts méritent d’être encouragés : car c’est avec de minces ressources qu’ils tentent un essai qui peut donner les meilleurs résultats dans l’avenir. » Au moins un analyste visionnaire !
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