La prise du Château-Gaillard
À l’été 1203, le roi de France Philippe Auguste se présente à la tête de ses armées devant le complexe fortifié des Andelys, dominé par la silhouette massive du Château-Gaillard. Construit peu auparavant par Richard Cœur de Lion, ce géant minéral passe pour imprenable.
Château-Gaillard. Le château depuis le nord. Les « bouches inutiles » errèrent trois mois, en plein hiver, dans le vallon que l’on aperçoit au premier plan. (© Stéphane William Gondoin)
En 911, le roi des Francs Charles le Simple octroie au chef viking Rollon les terres situées « depuis le fleuve Epte jusqu’à la mer ». La nouvelle principauté, que l’on nomme Normandie, s’agrandit au fil des décennies et son influence augmente proportionnellement. Au cours de l’année 1066, le duc Guillaume le Bâtard traverse la Manche et s’empare de la couronne anglaise. Cet événement capital bouleverse tout l’équilibre géopolitique du nord-ouest de l’Europe : le duc de Normandie est désormais plus puissant que son suzerain, le roi de France. Cette situation paradoxale ne peut qu’engendrer haine, jalousie et conflits en tous genres.
Le déséquilibre des forces en présence s’aggrave encore au XIIe siècle. Par héritage, mariage ou guerre, Henri II Plantagenêt, descendant du Conquérant, se retrouve maître des îles Britanniques, de la Normandie, du Maine, de l’Anjou, de la Bretagne et de l’Aquitaine. Rien que ça ! Insatiable, il lorgne en prime vers les comtés d’Auvergne et de Toulouse. Face à cette énorme entité territoriale, que les historiens modernes appellent l’Empire plantagenêt, les monarques capétiens ne disposent que des ressources de leur maigre domaine. Senlis, Paris, Sens, Orléans et Bourges en sont les villes principales. Mais la royauté confère à la dynastie francilienne un statut particulier : ses membres restent les suzerains des Plantagenêts pour leurs possessions continentales et se mêlent à ce titre aussi fréquemment que possible de leurs affaires.
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