Ruda Dauphin
Cette année encore, nous avons rencontré Ruda Dauphin, Directrice pour les États-Unis du festival du film américain de Deauville. Elle se souvient de son mari, l’acteur Claude Dauphin, qui lui fit aimer Deauville et la Normandie.
Ruda Dauphin à Deauville cette année. Elle est directrice pour les USA du festival du film américain de Deauville. (Photo Eric Bruneval © Patrimoine Normand)
Quand on est à Deauville, le pas des chevaux n’est jamais bien loin. L’acteur français, Claude Dauphin, aimait à les retrouver dans cette frange maritime du pays d’Auge, là où la Touques paresseuse écarte les flancs du plateau bocager pour rejoindre la Manche aux plages vaporeuses entre l’estuaire de l’Orne et celui de la Seine.
Et Claude Dauphin était un excellent cavalier ; c’est à l’école de cavalerie de Saumur qu’il apprit l’art de l’équitation. Puis la guerre embrase le monde. Il est aux USA où il est acteur pour des films militaires. Mais il est très sensible au drame que vit alors son pays ; il a fait stipuler dans son contrat d’acteur que, dès que le débarquement en France sera annoncé, il aura la possibilité de rejoindre immédiatement son pays. 6 juin 1944 : les Alliés débarquent en Normandie. En plein milieu du film, il court prendre le premier avion disponible qui l’amène sur la côte normande, à Juno-Beach, en secteur canadien. Ce cavalier prendra le commandement de chars de combat, il est capitaine au sein de la 2e DB du général Leclerc. Le rejoignent alors, comme volontaires au sein de cette prestigieuse division blindée, son frère Jean Nohain et son neveu Dominique Nohain. Il est aussi officier de liaison entre les généraux Leclerc et Patton. Il écrira plus tard une lettre émouvante rappelant le 19 août 1944, un anniversaire resté mémorable : « Le 19 août 1944, c’était aussi mon anniversaire. Mais le général Leclerc n’en savait rien, évidemment. Lorsque vers quatre heures du matin il m’a fait appeler à sa caravane, dans un champ d’Ecouché, je ne m’attendais pas à ce qu’il me souhaitât un “Happy Birthday” — et pourtant, il m’a fait le plus beau cadeau que j’ai jamais reçu ce jour-là. Il m’a remis une enveloppe avec des instruction dont je devais prendre con naissance plus tard, et il a ajouté : mettez vous aux ordres du commandant de Guillebon. Officier de liaison, je disposais d’une traction avant, et ma mission était d’éclairer la route d’un détachement précurseur que le général envoyait aux portes de la capitale pour que quelques soldats français au moins soient présent au cas où les Américains succomberaient à la tentation d’y entrer les premiers. Pour mes quarante et un ans, le général Leclerc m’a donné Paris. Je n’ai jamais pu lui dire merci. Mais chaque 19 août, au petit matin, je pense à lui et je prie pour lui. »
À New York, Ruda, une jeune comédienne très francophile prend le nom de scène de Ruda Michel. Elle avait rencontré Claude Dauphin à New York et part à Paris pour le retrouver. Elle aime alors passionnément la France mais le destin en décide autrement et les chemins de Ruda et de Claude se séparent. Tous deux se marieront dans leur pays respectifs puis divorceront. Dix ans plus tard il se retrouvent et c’est enfin le mariage et un grand amour, un merveilleux voyage de noce (une croisière de six mois), puis Paris où ils habitent quai d’Orléans dans l’Île Saint-Louis puis rue Royale. « Les Américains savent toujours trouver les jolis endroits dans Paris », nous dit Ruda Dauphin en évoquant cette époque.
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