Quand le mont Saint-Michel était aux Bretons
C’est un épisode assez méconnu de l’histoire franco-bretonne en général, de l’actuel département de la Manche en particulier : entre 867 et 933, les diocèses d’Avranches et de Coutances basculèrent le plus officiellement du monde dans l’orbite bretonne. Le fruit de plusieurs siècles de convoitise et d’attaques en ces contrées et d’une lutte sans merci menée contre les Francs, avant un choc frontal avec les Normands. Explications.
La baie du mont Saint-Michel, avec sa célèbre abbaye, enjeu traditionnel de nombreuses luttes entre Normandie et Bretagne. (© Stéphane William Gondoin)
Au cours du Ve siècle de notre ère, alors que les structures de l’Empire romain s’effondrent en Occident, la Grande-Bretagne subit des pressions multiples. Dans ce brassage complexe de peuples que l’on appelle « Invasions barbares », ou, plus justement, « Grandes migrations », des Germains, Angles, Jutes, Frisons ou Saxons, débarquent sur les côtes orientales de l’île et repoussent progressivement vers l’ouest les Celtes qui vivaient ici. Ces autochtones sont par ailleurs menacés sur leurs arrières par d’autres Celtes, les redoutables Scots, originaires d’Irlande. Le processus s’accélère au cours du VIe siècle et déclenche des vagues migratoires depuis le pays de Galles et les actuels comtés du Devon et de Cornwall, en direction de la Galice (Espagne) et surtout de la presqu’île armoricaine. Deux régions historiques de celle-ci prennent d’ailleurs le nom de peuples insulaires, la Cornouaille (des Cornovii de Cornwall) et la Domnonée (des Dumnonii du Devon).
Mérovingiens et Armoricains
Francs et Armoricains ne paraissent pas en contact direct avant l’année 486, quand Clovis Ier (481-511) remporte la bataille de Soissons contre Syagrius, dernier officier romain encore maître d’une portion de la Gaule. Selon le Liber Historiae Francorum (« Livre de l’Histoire des Francs »), écrit en 729, cette victoire lui permet d’avancer jusqu’à la Seine et donc de s’emparer de Rouen. Au sud du fleuve, il semble en revanche buter sur des populations peu enthousiasmées à l’idée d’obéir à un prince à cette époque encore païen. C’est ce que laisse entendre l’historien byzantin Procope de Césarée, qui écrit au milieu du VIe siècle : « Les Arborykhes [comprendre très certainement les Armoricains, malgré les réfutations de l’historien Ferdinand Lot] se trouvaient alors soldats des Romains [de Syagrius]. Les Germains [les Francs] voulant soumettre ces gens, qui étaient leurs voisins et qui avaient rejeté leur ancien gouvernement, se livrèrent d’abord contre eux à des déprédations, puis ils passèrent à la guerre franche et attaquèrent en masse.
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