Robert le Magnifique
Funeste pèlerinage
En 1035, le duc de Normandie Robert prend une décision qui stupéfie sa cour : abandonner son duché pour entreprendre un périlleux pèlerinage à Jérusalem. Avant son départ, il désigne comme héritier son jeune fils Guillaume, âgé de seulement sept ans. Ce voyage de pénitence, jalonné d’épisodes qui alimenteront sa légende, s’achève tragiquement en Orient. La disparition prématurée du duc ouvre alors une période d’incertitude dont émergera pourtant l’un des plus grands personnages de l’histoire normande : Guillaume le Conquérant.
Robert le Magnifique. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)
– Je vous ai réunis pour vous faire part d’une grande décision. Tandis que d’ores et déjà, des milliers de pèlerins se sont mis en route pour Jérusalem au péril de leur vie, il ne sera pas dit que le duc de Normandie est resté indifférent à ce qu’il advint voici mille ans. Il y a dix siècles, Notre Seigneur a souffert sur la croix pour la rédemption de nos péchés. Moi, Robert, je mets les miens entre les mains de Dieu. S’il veut bien les prendre en pitié. Je pars pour la Terre Sainte faire acte de pénitence.
Le duc se tait. Il lui a paru opportun de réunir sa cour au palais ducal de Fécamp construit par son père, tout près de l’abbaye bénédictine de Guillaume de Volpiano, que dirige à présent Jean de Ravenne, neveu du moine architecte… Il s’établit dans la grande salle du château un silence que nul ne rompt. Pendant de longs instants, les barons se regardent avec attention. Chacun scrute la pensée d’autrui. Robert est-il devenu fou ? A t-il à ce point sombré dans la piété ? Ou bien, se rend t-il là bas pour expier des crimes tels qu’il ne peut en obtenir ailleurs l’absolution, fût-ce même à Rome ? Ceux-là songent, bien sûr, à la mort de son frère Richard, emporté par un empoisonnement collectif. Enfin, Gilbert de Brionne fait un pas en avant.
Fécamp : restes du palais ducal. (Photo Eric Bruneval © Patrimoine Normand)
– Robert, ta décision est certes digne du meilleur des Chrétiens, mais est-elle digne du duc de Normandie ? Tu veux te mettre en route pour de longs mois. Est-il sage de laisser le duché sans tête pendant tout ce temps ?
– C’est vrai, enchérit l’archevêque de Rouen Robert. En ton absence – le prélat se signe – tout peut arriver. Qui sait même si tu en reviendras ?
– La route d’orient, reprend Gilbert, est semée d’embûches, et la Normandie, la proie de terribles démons. Les guerres privées risquent de se rallumer. Et Dieu sait alors ce que deviendra le duché !
Depuis l’ouverture de l’assemblé, Guillaume se tient debout près de son père. Il l’accompagne fréquemment, aussi nul n’a-t-il été surpris de sa présence. Le duc se lève, saisit l’enfant par l’épaule et le désigne à la cour.
Accédez à l’article complet et plus encore
Pour lire cet article publié dans Patrimoine Normand n°11 en intégralité, vous pouvez acheter le numéro en version papier ou numérique.
Abonnement : en vous abonnant, vous recevrez les prochains numéros en version papier directement chez vous.