PATRIMOINE NORMAND

L’autre visage du Conquérant

Le bouleversement brutal de la société anglaise

Si la victoire de Guillaume et de ses troupes à Hastings fut fondamentalement décisive, elle n’en constitua pas pour autant une fin en soi : ce fut au contraire le lancement d’une immense machine politique et culturelle dont le but n’était pas seulement de s’asseoir sur le trône d’un pays conquis et de le gérer, mais bien d’en altérer en profondeur la structure même pour la faire renaître sous un autre jour. Et cela ne se déroula pas sans larmes.

L'influence normande en Angleterre. Le Domesday Book est constitué de deux manuscrits : le Great Domesday couvre la majorité de l'Angleterre, sauf l'Est-Anglie et les comtés de l'extrême nord du royaume ; le Little Domesday  concerne pour sa part l'Est-Anglie. Ce dernier constitue un stade antérieur de la rédaction, une sorte de « prise de notes ». Sans la mort de Guillaume en 1087, il aurait sans nul doute été intégré au Great Domesday. (© Patrimoine Normand)

L’influence normande en Angleterre. Le Domesday Book est constitué de deux manuscrits : le Great Domesday couvre la majorité de l’Angleterre, sauf l’Est-Anglie et les comtés de l’extrême nord du royaume ; le Little Domesday  concerne pour sa part l’Est-Anglie. Ce dernier constitue un stade antérieur de la rédaction, une sorte de « prise de notes ». Sans la mort de Guillaume en 1087, il aurait sans nul doute été intégré au Great Domesday. (© Patrimoine Normand)

Mis à jour le 10 décembre 2025 à 14:40 Par
Partager :

L’Histoire, c’est bien connu, est écrite par les vainqueurs. Ainsi, c’est avec un enthousiasme débordant et une bonne dose de condescendance que Guillaume de Poitiers lança à propos du Conquérant : « Toi aussi, terre d’Angleterre, tu le chérirais, tu l’estimerais au-dessus de tous et, joyeuse, tu te prosternerais à ses pieds si ta folie et ton injustice ne t’empêchaient de juger avec plus grande raison au pouvoir de quel homme tu es soumise : abandonne tes préventions, apprends à mieux connaître sa grandeur, et tous les maîtres que tu as eus te paraîtront bien petits en comparaison ». En réalité, ce ne fut certainement pas dans un grand élan d’allégresse que les populations anglaises virent arriver le Normand et son armée. L’épopée de Guillaume est bien loin de se résumer à quelques grandes batailles et à des querelles entre chefs : on ne dira jamais assez à quel point elle transforma profondément, et irrémédiablement, un mode de vie qui avait duré des siècles.

En quelques années à peine, la société îlienne fut complètement bouleversée de la façon la plus violente, les massacres et les exactions furent innombrables, on ne compta plus les trahisons et les expropriations brutales, et on vit régner l’arbitraire et l’à-peu-près bien plus souvent que la justice et les décisions logiques. D’ailleurs, bien des historiens britanniques contemporains ont souligné que la Conquête, loin d’être le résultat d’une grande vision militaire stratégique cohérente à la façon napoléonienne, était plutôt une entreprise empirique, menée au gré des événements, et dont la réussite tenait finalement plus à la désunion des ennemis des Normands et à une terrible répression sanglante qu’à une perspicacité exceptionnelle.

Il vous reste 92 % de l’article à lire.

Accédez à l’article complet et plus encore

Pour lire cet article publié dans le hors-série « Normandie Médiévale » en intégralité, vous pouvez acheter le hors-série en version papier ou numérique.

Abonnement : en vous abonnant, vous recevrez les prochains numéros en version papier directement chez vous.

NOS DERNIÈRES PARUTIONS