Bataille de Mortemer – La victoire décisive de Guillaume le Bâtard
En 1054, le roi de France Henri Ier et Geoffroi d’Anjou lancent une vaste offensive contre la Normandie afin d’abattre Guillaume le Bâtard. Mais dans le pays de Bray, près de Mortemer, les envahisseurs tombent dans un piège redoutable qui offre au jeune duc l’une de ses plus éclatantes victoires.
Le duc de Normandie Guillaume le Bâtard vainquit les Français à la bataille de Mortemer et envoya un messager au roi des Francs Henri Ier. Illustration des Chroniques de Saint-Denis, XIVe siècle. (Royal 16 G VI f. 266v Duke William the Bastard © British Library)
Débarrassé de la plupart de ses ennemis de l’intérieur, Guillaume n’en a pas pour autant fini avec les menaces qui pèsent sur ses frontières. Depuis le 15 octobre 1053, Geoffroi d’Anjou a officiellement pactisé avec Henri de France. L’intervention de ce dernier à Arques sera la première expression de cette alliance contre la Normandie1. Depuis longtemps, la cour du roi reçoit tous les barons transfuges et autres indésirables du duché. Le royaume de France prétend même avoir réglé à sa manière la succession de Guillaume, puisque le souverain a l’intention de remettre la Normandie à son plus jeune frère Eude2 ! Quand, moins d’un an après la chute d’Arques, Henri Ier décide, d’un commun accord avec le comte d’Anjou, de lancer une attaque concertée contre la Normandie, c’est à Eude qu’il confie son armée. Outre des Français, on y trouve des recrues de Flandre, de Picardie et même d’Aquitaine, tous assoiffés des richesses normandes promises au pillage. Premier objet de la convoitise du roi : Rouen, la capitale ! Pas moins. De quoi, s’il réussit, déséquilibrer le pouvoir de Guillaume au point de l’abattre et de le fouler aux pieds de son ambition ! Les Français devront franchir la Bresle, traverser le pays de Bray, pénétrer en pays de Caux et s’abattre sur la vallée de la Seine comme des brigands sur des chariots d’or. De leur côté, les Angevins, menés par Geoffroi Martel et Henri Ier passeront l’Avre, traverseront l’Evrecin et feront leur jonction avec les Français à Rouen qui sera prise en étau, broyée, vidée de ses combattants, soumise à la volonté du roi.
Ce scénario optimiste tournera court. Car Guillaume, fort bien renseigné sur ces deux mouvements de troupes en son duché, divise ses forces d’autant. Robert d’Eu3 et Gautier Giffard, seigneur de Bolbec, se chargeront des Français. Le Bâtard prendra position sur la rive gauche de la Seine, avec des combattants recrutés sur place. La première phase se déroule comme prévu. En mars 1054, les Français ne rencontrent aucune résistance de l’autre côté de la Bresle. Forts de ce premier succès, ils établissent leur campement sur les bords de l’Eaulne, dans la paroisse de Mortemer, en pays de Bray. Les soudards pillent, violent et boivent à satiété ; ils agissent alors comme la plupart des troupes d’invasion, sûrs de la supériorité de leurs armes.
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Notes
- Lire Patrimoine Normand n° 25.
- Le frère cadet d’Henri Ier, Robert, évincé du trône de France (malgré sa rébellion avec le soutien de sa mère), sera duc de Bourgogne jusqu’à sa mort en 1075. Il ne faut pas confondre le duché de Bourgogne avec le comté de Bourgogne (c’est-à-dire la Franche-Comté), la Burgondie ayant été séparée en deux lors du traité de Verdun en 843. Guy de Bourgogne, pour sa part, relevait du comté de Bourgogne. Cousin du Bâtard comme on l’a vu lors de la bataille de Val-ès-Dunes et du siège de Brionne, il était un fils du comte Renaud de Bourgogne et d’Adèle de Normandie, une fille de Richard II.
- Le frère du banni Guillaume Busac et de l’évêque Hugues de Lisieux.