Saint-Sauveur-le-Vicomte : l’esprit de Barbey d’Aurevilly
Saint-Sauveur a deux forteresses, dont l’une s’appelle Barbey. La morgue de celui qu’on surnomme « le Connétable des Lettres » est à l’image du donjon qui domine la cité cotentinaise : hautain, arrogant, sûr de lui, et par-dessus tout, fier de ses origines normandes, nordiques, norroises. Né les pieds dans sa terre, Jules Barbey d’Aurevilly a les qualités de sa terre.
Buste de Jules Barbey d’Aurevilly. Maison natale de Barbey d’Aurevilly à Saint-Sauveur-le-Vicomte. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)
Tel est le plus grand écrivain du Cotentin, l’un des plus grands de Normandie — avec Flaubert et Maupassant qu’il détestait, avec La Varende qui s’en fera le continuateur spirituel, au point de s’imprégner de son style — et même l’un des plus grands écrivains de France. Hélas, nul n’étant prophète en son pays, Barbey est mieux connu Outre-Manche que de ce côté-ci du chenal. Et pourtant. Fortement inspiré par l’histoire comme par la nostalgie d’un passé mythique, il ouvrira la voie à un autre auteur qui, lui aussi, bâtira son œuvre sur le témoignage, la mémoire, le temps passé : Marcel Proust.
Saint-Sauveur, donc, eut la guerre de cent ans, les Néhou, Geoffroy d’Harcourt, l’occupation anglaise (à deux reprises), plutôt anglo-normande, et… Jules Barbey, homme de contrastes. Tourné par goût et sens politique vers « son » passé, celui de la monarchie, de la chouannerie, du « vive le roi quand même ! » propre aux royalistes déçus par la Restauration, il incarne cette interrogation d’homme désabusé qu’il met dans la bouche du chevalier Des Touches : « N’est-ce pas que ce sont des ingrats ? », en parlant des Bourbon.
Aussi opposé au modernisme qu’on peut l’être, il abhorre la république et la démocratie, ce « gouvernement de la vulgarité… qui semble être la règle du monde moderne, et qui n’en est que la punition ». Barbey est sans illusions sur le monde perdu : « le sentiment aristocratique plane sur notre société démocratisée, comme une auréole sur un tombeau ». Un tombeau, oui, mais : « quand la démocratie aura coupé la dernière tête de noble et de poète, il y aura encore de l’aristocratie dans le monde et, malgré toutes les inégalités proclamées, elle repoussera, déplacée, oui ! Socialement déplacée, mais immortelle ! ».
Accédez à l’article complet et plus encore
Pour lire cet article publié dans Patrimoine Normand n°45 en intégralité, vous pouvez acheter le numéro en version papier ou numérique.
Abonnement : en vous abonnant, vous recevrez les prochains numéros en version papier directement chez vous.