Rouen : des Vikings aux fils de Guillaume
Au tournant du premier millénaire, Rouen s’impose comme l’un des principaux centres urbains du royaume, au cœur d’une vallée de la Seine à la fois riche, structurée et profondément bouleversée par les incursions scandinaves. Entre destructions, exodes et renaissances, la ville connaît au IXe siècle une véritable refondation qui en redessine durablement le visage. Grâce aux travaux de l’archéologue Jacques Le Maho et aux reconstitutions historiques récentes, il est aujourd’hui possible de restituer, avec une rare précision, l’évolution de l’habitat, des activités et des équilibres de pouvoir, depuis les premiers raids vikings jusqu’à l’émergence de la capitale ducale des fils de Guillaume.
Vue d’artiste, ici Darvil dans le volume 4 de l’Epte, des Vikings aux Plantagenêts, autre bande dessinée normande publiée par Assor BD. Avec la réflexion précédente concernant la position de la Tour, cette vue donne une bonne impression générale de la cité au début du XIIe siècle ou au Xe siècle, quand la Tour n’existait pas encore. (© Assor BD)
À part quelques éléments dans la crypte de la cathédrale, il ne nous reste plus de vestiges de cette époque mais les archéologues ont retrouvé des traces de l’habitat rouennais du Xe siècle. Jacques Le Maho, bien connu surtout par sa découverte des vestiges de la maison de Mirville, datée du XIe siècle, a éclairé, à travers plusieurs articles spécialisés, l’évolution de l’habitat dans la vallée de la Seine et dans la cité de Rouen entre les premiers raids vikings et le XIe siècle ; nous nous appuierons sur ses recherches. Enfin, Thierry Lemaire (Eriamel), éditeur cauchois, conseillé par des historiens et des archéologues, a reconstitué le cadre de vie de cette époque grâce à plusieurs bandes dessinées dont nous donnons des extraits.
Les recherches de Jacques le Maho concernant les mouvements de populations à Rouen et dans la vallée de la Seine ont été publiées en 2005 dans une publication du CRAHM (Caen, 2005, pages 161 à 179). Elles ont permis de décrire l’aspect général de la Basse Seine et de la cité de Rouen en 841, lors du premier raid. À Rouen, « le paysage urbain était marqué par le contraste entre la ville intra-muros et la zone suburbaine. Siège de la cathédrale Notre-Dame et de son chapitre, de plusieurs monastères, du palais du comte et sans doute d’une bonne partie des résidences des notables locaux (cives), la cité était le centre du pouvoir administratif et religieux. Les dix-huit hectares de ce secteur intra-muros étaient sans doute faiblement occupés ». (op. cit., p. 166). Cette cité administrative devait présenter des édifices religieux, des cloîtres et maisons canoniales, manoirs nobles dispersés au milieu de jardins assez vastes, espace semi rural. Les quartiers artisanaux se trouvaient hors les murs, dans les faubourgs (suburbium), surtout à l’ouest de la cité mais aussi sur la rive gauche. Les ports se trouvaient sur les deux rives. En 841, peu avant le premier raid viking, un récit de Nithard (in Vita S. Willibaldi) évoque un site portuaire de la rive gauche, en face de la cité, recevant un convoi de 28 navires de commerce. L’habitat est donc alors assez dispersé. Toute la Basse Seine est alors assez largement peuplée, même si les méandres ont en grande partie été abandonnés depuis l’époque romaine. Des abbayes sont établies à proximité du fleuve. Depuis l’estuaire, ce sont Pentale (actuellement Saint-Samson-de-la-Roque), surtout Jumièges, Fontenelle (Saint-Wandrille), Pennante (Saint-Pierre-du-Val), Logium (act. Caudebec-en-Caux), mais aussi les monastères féminins de Montivilliers et de Pavilly. La plupart de ces abbayes disposent de leurs ports sur les bords de la Seine, l’abbaye de Jumièges en a même plusieurs (localités actuelles de Duclair, Vieux-Port et Quillebeuf). L’activité de ces ports était surtout centrée sur la pêche mais aussi le transport des hommes et des marchandises. Ainsi, selon Jacques le Maho, le pays est alors riche et peuplé, « le trait dominant est la dispersion des activités économiques en une nébuleuse de sites portuaires ou de vici artisanaux et marchands » (op. cit., p. 167). Les raids vikings bouleverseront tout cela.
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