Trois forteresses face à Guillaume le Bâtard
Après la victoire du Val-ès-Dunes, Guillaume doit encore asseoir son autorité sur une Normandie agitée par les révoltes féodales. Du long siège de Brionne aux tensions avec l’Église autour de son mariage avec Mathilde de Flandre, le jeune duc affronte à la fois les forteresses de pierre, les ambitions des grands seigneurs et les résistances du pouvoir religieux, tout en s’entourant peu à peu des hommes qui feront la grandeur de son règne.
Donjon de Brionne – XIIe siècle. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)
Juché sur son destrier, Guillaume balaie du regard le vaste panorama qui se déroule en contrebas. Là, enserrée par les deux bras protecteurs de la Risle, Brionne lui inflige une nouvelle contrariété. Guy de Bourgogne, l’âme du complot de Bayeux, s’y est réfugié depuis plusieurs semaines, depuis que l’issue de la bataille du Val-ès-Dunes (lire Patrimoine Normand n° 19 et 20) ne lui laisse plus aucun espoir d’occuper le siège ducal.
– Par la splendeur de Dieu ! s’exclame le Bâtard, j’aurais dû le prendre de vitesse, marcher sur ses traces comme sur la voie d’un sanglier, le talonner, le traquer, le cerner et l’abattre !
Son compagnon, l’autre Guillaume, le fils d’Osbern, hoche la tête.
– Sans doute, Guillaume, sans doute. Mais tu avais bien d’autres chats à fouetter. Il était plus urgent de réduire les dernières résistances, de rabattre l’insolence des Rouennais, de te concilier les prélats, d’instaurer la Trêve de Dieu.
– Et d’asseoir la Paix du Duc pour dissuader l’ouest de toute nouvelle rébellion. C’est vrai, mais en attendant, mon cousin a eu tout loisir d’accumuler armes, vivres et défenseurs pour nous résister !
Et l’île fortifiée qu’occupe Guy de Bourgogne n’est accessible par aucun gué. Pas de pont, bien sûr ! Le seul moyen d’accès reste la voie fluviale, trop hasardeuse. Pas facile en effet de lancer un assaut dans ces conditions : le château est puissant, sa garnison aurait tôt fait de couler ou d’incendier le bateau qui tenterait l’aventure. Les ancêtres du Nord, les rois de la mer eux-mêmes, n’ont pu jadis avoir raison de l’île de Paris…
Brionne vue du donjon. (Photo Thierry Georges Leprévost © Patrimoine Normand)
Bâtie par Gilbert de Brionne, qui fut précepteur de Guillaume avant de périr sous les coups des assassins, l’île de la Risle est beaucoup plus qu’un simple donjon de pierre, beaucoup plus qu’un château fort ou qu’une ville ceinte de murailles : c’est un domaine à part entière, un petit territoire où vivent hommes, chevaux, animaux de basse-cour, où s’entassent fourrages et salaisons, où des lopins de terre cultivée promettent une résistance opiniâtre, confortée par des sources de ravitaillement qui seront longues à se tarir.
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