Patrimoine Normand

La bataille du Val-ès-Dunes

En août 1047, dans la plaine du Val-ès-Dunes près de Caen, le jeune Guillaume de Normandie affronte une puissante coalition de barons révoltés soutenus par une partie du clergé. Grâce à l’appui du roi de France Henri Ier, cette victoire décisive lui permet d’imposer son autorité sur le duché et marque un tournant majeur dans l’histoire de la Normandie.

Ligne de fantassins normands prêts au combat. La bataille du Val-ès-Dunes fut la première grande victoire de Guillaume.

Ligne de fantassins normands prêts au combat. La bataille du Val-ès-Dunes fut la première grande victoire de Guillaume. (© Eriamel)

Mis à jour le 28 mai 2026 à 15:33 Par
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– Seigneur, il vous faut intervenir ; emprisonner ce misérable !
Lentement, Guillaume arpente la salle haute de son donjon de Falaise, puis fixe gravement Hubert, l’un des fils de Hultre de Ryes. Du danger partagé est née une solide estime entre les deux jeunes gens. Intervenir… Le rapport qu’on vient de lui faire est sans réplique : tous ses soupçons se trouvent mués en certitudes, bien au-delà de ses doutes premiers. Néel de Saint-Sauveur et Renouf de Bricquessart, ses vicomtes : des traîtres. Hamon le Dentu, qui tient Creully et Torigny : un traître.

Grimoult du Plessis, ce sauvage qui vit sur un immense territoire : un traître. Même Raoul Taisson du Cinglais, qui a épousé une nièce de sa mère, s’est joint aux conjurés, et a fait serment de « férir Guillaume, en quelque lieu qu’il le rencontre ». Serviles valets des rebelles, les vassaux de ces barons sont entrés dans la mêlée, forts de multiples châteaux construits sans la permission ducale. Leurs motivations ? Un attachement atavique à l’esprit d’indépendance nordique ; un refus de l’ordre féodal naissant ; le désir de mener impunément leurs guerres intestines – et leurs opérations de brigandages ! – au total mépris de l’autorité de Guillaume. Pire encore : le clergé soutient plus ou moins ouvertement la révolte, quand il ne l’a pas suscitée. Ainsi Hugues, l’évêque de Bayeux. Ou Mauger, l’oncle du duc, un richardide hypocrite, archevêque de Rouen depuis la mort de Robert. Non content de mener une vie dissolue, indigne de sa charge ecclésiastique, ce frère de son père veut secrètement sa perte. À son instigation, les marchands rouennais sont entrés en dissidence, profitant de la crise pour extorquer des privilèges commerciaux. Mais comment toucher à l’Eglise, même si ses piliers sont pourris ? Tous sont d’accord sur un point : abattre Guillaume, pour lui substituer Guy de Brionne, son cousin germain, l’ami, le frère, le camarade de ses jeux d’enfance. Ah ! Si seulement il n’y avait pas tout ce passé, tous ces souvenirs communs… Intervenir ? Guil­laume ne pense qu’à cela. Assiéger Brionne, se saisir de Guy, le jeter dans un cul-de-basse-fosse ? Il en a bien envie !

Stèle commémorant la victoire de Guillaume au Val-ès-Dunes.

Stèle commémorant la victoire de Guillaume au Val-ès-Dunes. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

– Non, Hubert. Ils trouveraient quelqu’un d’autre pour me remplacer. Tant que je n’aurai pas réduit le nid de la rébellion, le souvenir de Valognes hantera mes nuits.
– Oui, seigneur. Mais ces traîtres sont si nombreux.
– Tout seul, je n’y arriverai pas. Malgré ce qu’il m’a fait autrefois, je vais solliciter l’aide de mon suzerain. Aller voir le roi de France. Henri n’est pas peu surpris de la visite de son vassal. Certes, il n’ignore rien de ses déboires, et serait même tenté de s’en réjouir, car il n’a pas peu contribué à l’actuelle situation de déliquescence du pouvoir en Normandie. Mais à la réflexion… Guy de Brionne est le fils de Renaud de Bourgogne, et s’il se trouvait uni à la Normandie, ce puissant fief pourrait bien lui donner moins de plaisir que les tonneaux de bon vin qui lui en arrivent chaque année. Le roi ne veut pas se faire prendre en étau comme une vulgaire noix, d’autant que l’Anjou ne manquerait pas d’entrer à son tour dans la danse.

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