Les frères Parmentier
navigateurs et poètes dieppois
Figures emblématiques du Dieppe de la Renaissance, Jean et Raoul Parmentier unirent la passion de la mer à celle des lettres. Formés dans le grand port normand alors tourné vers les découvertes lointaines, ces navigateurs, cartographes et poètes participèrent aux grandes expéditions de leur temps avant d’entrer dans l’histoire par leurs voyages et leurs écrits.
Une arrivée surprise dans un pays désert et un départ. (Enluminures extraites de l’ouvrage de la Bibliothèque Nationale)
Le navigateur et poète Jean Parmentier, un des hommes les plus distingués de la pléiade de navigateurs et de poètes, brilla en Normandie d’un vif éclat pendant la première moitié du XVIe siècle. Il naquit à Dieppe en 1494. Cinq ans plus tard son frère Raoul dont la destinée sera liée à celle de son frère aîné, vit le jour. On ne connaît presque rien de l’enfance des frères Parmentier ; en effet, les écrits les concernant, entreposés dans les archives de l’Amirauté à Dieppe, ont brûlé dans l’incendie de la ville prise d’assaut en 1694 par la flotte anglaise. « Les frères Parmentier », dixit Léon Guérin, « appartenaient à une honnête famille de bourgeois et de marchands de leur ville natale »1 : Dieppe, devenue à l’époque un grand port guerrier et commerçant, gagnait de l’importance sur Honfleur. Ce lieu, stratégique car il favorisait l’esprit d’aventure et de commerce, a vu naître d’illustres marins tels Bethencourt2 ou Duquesne.
L’engagement des frères pour la mer, lié à leurs attaches portuaires plus qu’à une influence culturelle ou familiale, à une nécessité économique plus qu’à un quelconque atavisme, les poussa d’abord à naviguer comme mousses. Cette origine modeste leur évitera plus tard l’angoisse de la paupérisation :
faulte d’argent ne me peult faire mal,
point ne la crains car j’ay plus povre esté.
déclare dans son Exhortation (v. 23-24) Jean Parmentier dont la famille semble manquer de moyens sans que sa condition ne paraisse toutefois catastrophique. Endurcis en mer par les privations et les souffrances subies, les Parmentier sauront profiter de leur ascèse. Ils étaient avant tout de cette race de marins dieppois connus pour leur héroïsme et leur générosité.
La Mappemonde. Chants royaux sur la Conception, couronnés au puy de Rouen de 1519 à 1528. (Enluminure extraite de l’ouvrage de la Bibliothèque Nationale)
Pour ces Normands réputés excellents dans le commerce et la guerre maritime, la mer fut avant tout une école d’humilité comme l’atelier l’est pour un apprenti. Parce qu’ils avaient accès aux nouveaux mondes, les explorateurs bénéficiaient de la primauté de l’expérience et de l’intuition que développe le contact avec le danger. À une connaissance déjà étendue de la navigation lointaine s’ajoutait en outre le savoir-faire propre à ce peuple de conquérants.
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Notes
- Léon Guérin, Les Navigateurs français, Paris, Belin-Leprieur et Morizot, 1846, p. 119.
- Navigateur normand, né à Grainville-la-Teinturière (v. 1360-1425). Il colonisa les Canaries.