PATRIMOINE NORMAND

Château de Falaise : pendant les travaux, le massacre continue !

Au château de Falaise, les travaux de restauration suscitent une vive controverse. Entre interventions contemporaines contestées et atteintes au patrimoine, le chantier du donjon relance le débat sur les limites de la création architecturale face à la conservation des monuments historiques.

Les dommages sont visibles de loin, dès l’arrivée sur Falaise. Où est pasé le romantisme du Val d’Ante dépeint au XIIe siècle par Benoît de Sainte-More ?
Mis à jour le 22 avril 2026 à 09:39 Par
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Est-ce l’épilogue du lamentable feuilleton de la pseudo-restauration du donjon de Falaise ? Le 24 no­vembre dernier, le Tribunal correctionnel de Caen a con­damné Bruno Decaris à 3000 euros d’amende. Pas, comme on pouvait l’espérer, pour offense au patrimoine monumental normand, mais pour simple infraction au code de l’urbanisme ! Un banal défaut de déclaration de travaux, doublé d’une réalisation en zone protégée.

En somme, le génial artiste a subi le même sort qu’un particulier constructeur d’un abri en parpaings pour ses lapins dans le périmètre d’un château classé… À deux nuances près : à Falaise, il s’agit du château natal de Guillaume le Conquérant, et le coupable n’est autre que l’Architecte en Chef des Monuments Historiques du Calvados ! Au centre de la polémique : le « blockhaus » accolé au donjon du XIIe siècle ; un avant-corps en béton censé participer à la restauration du château pour re­constituer « une architecture de guerre, pas un château ro­mantique »1, selon les propres termes du « coupable », qui a con­fondu reconstitution et invention pure et simple. Bien dommage de la part du restaurateur (entre autres) de l’abbaye d’Ardenne et de Saint-Sauveur de Caen ; quelle mouche l’a donc piqué ?

Le donjon de Falaise en 2003, vers la fin des travaux de « restauration ».

Le donjon de Falaise en 2003, vers la fin des travaux de « restauration ». (Photo Thierry Georges Leprévost © Patrimoine Normand)

Entendons-nous : un architecte a parfaitement le droit de donner libre cours à ses fantasmes novateurs ; c’est même plutôt une bonne chose, mais à condition de ne pas les exercer sur un monument historique prestigieux, parfaitement connu dans son passé, et bien loin d’être devenu une ruine où tout serait à rebâtir. Or, le moins que l’on puisse dire, c’est que les élans bétonneurs de Bruno Decaris sont totalement incongrus sur le donjon reconstruit par Henri Ier Beauclerc sur le lieu de naissance de son père. Les formes développées, les matières utilisées, les couleurs même seraient plus à leur place à la Défense que dans un château médiéval chargé d’histoire. N’est pas Viollet-le-Duc à Pierrefonds qui veut ! Quant à l’argument militaire dans une ville sinistrée en 1944… Les Falaisiens n’avaient pas besoin d’un blockhaus pour se rappeler leur passé.

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Notes

  1. Le n° 13 de Patrimoine Normand avait dénoncé le scandale. Dans les 44 et 45, Georges Bernage suggérait des solutions adaptées à une restauration intelligente, respectueuse du patrimoine.
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