L’âge d’or des châteaux forts normands
De la motte castrale au donjon de pierre
Lorsque l’Empire carolingien explose, à partir des années 840, miné par les assauts vikings et les rivalités internes, l’autorité monarchique s’effrite et doit abandonner nombre de ses prérogatives, au profit de potentats locaux trop heureux de s’affranchir de toute tutelle. Les forteresses deviennent alors des enjeux cruciaux, pour l’acquisition ou la défense de vastes domaines.
Château de Conches-en-Ouche (Eure). Ses maçonneries datent du XIIe siècle, mais la motte castrale est sans doute plus ancienne. Est-ce elle que Raoul de Conches édifia à la mort du Conquérant, en 1087 ? (© Stéphane William Gondoin)
On ne sait à peu près rien des fortifications d’époque mérovingienne et très peu de choses sur celles d’époque carolingienne. Autour de l’an 800, on vit globalement en paix à l’intérieur de l’Empire carolingien : la guerre ne s’est certes pas éteinte, mais les combats se déroulent au loin, du côté de la Saxe ou de la marche d’Espagne. Dans un climat serein, il apparaît inutile d’engloutir des sommes abyssales pour la construction de systèmes défensifs, hormis peut-être en certains lieux de la côte afin de prévenir de l’approche d’une flotte hostile. Monastères opulents, paroisses rurales et petites villes ne bénéficient d’aucune protection particulière. On se dispense même volontiers d’entretenir les grandes enceintes urbaines héritées de l’époque gallo-romaine. Pire, on n’hésite pas à les démanteler au besoin : ainsi, en 859, l’archevêque Ganelon de Sens reçoit-il l’autorisation de détruire la muraille de Melun (Seine-et-Marne) pour réutiliser les matériaux afin de bâtir une église.
Alerte aux Vikings
« Si tu veux la paix, prépare la guerre » proclame un vieil adage latin. Faute de l’avoir gardé à l’esprit, les Rouennais payent le prix fort au printemps 841, lorsque les Vikings s’abattent sur leur ville avec une facilité déconcertante, laissant au passage entrevoir des remparts en bien piètre état. Cette attaque marque le début d’une longue période d’insécurité qui contraint les autorités à revoir radicalement leur politique de défense et à élever des points fortifiés. Le plus connu en Normandie est situé à Pîtres, commune de l’Eure où il existe un castrum attesté dès 856.
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