Premiers pas impressionnistes à la ferme Saint-Siméon
À l’entrée d’Honfleur, la ferme Saint-Siméon fut bien plus qu’une simple auberge dominant l’estuaire de la Seine. Autour de la mère Toutain, Boudin, Courbet, Daubigny, Jongkind, Monet et quelques autres y trouvèrent un lieu de rencontre, de travail et d’émulation où s’esquissèrent, dans la lumière normande, les premiers pas de l’impressionnisme.
La ferme Saint-Siméon. (Photo Karine Trotel Costedoat © Patrimoine Normand)
À l’entrée d’Honfleur, en venant de Trouville, s’élève une magnifique bâtisse à colombages qui surplombe l’estuaire de la Seine et décline fièrement son identité à la ville du Havre qui la regarde : Ferme Saint-Siméon. Au début du XIXe siècle, celle qui est devenue aujourd’hui un relais-château très prisé n’était qu’une ferme toute simple, dans une propriété de quatre hectares qui comprenait également une ancienne léproserie et une chapelle dédiée à saint Siméon. C’était « une vraie ferme, je vous l’atteste, et dans la plus ravissante situation du monde » écrit Alfred Delvau, journaliste au Figaro, en 1865, « pommiers de ci, poules de là, avec Manon, une ânesse noire et Toinette, une vache garelle ». En 1825, elle est achetée et transformée en auberge par Pierre-Louis Toutain dont la seule ambition est de satisfaire la clientèle locale. Il s’agit, essentiellement, de marins qui, entre deux recueillements, à la chapelle de Grâce située plus haut et la chapelle Saint-Siméon, s’arrêtent à l’auberge pour y boire son fameux flip, mélange de cidre et de calvados.
C’est la maîtresse des lieux, la mère Toutain, qui donne à l’auberge ses lettres de noblesse. Sa cuisine est fameuse et bon marché. Elle attire une clientèle sans le sou mais plus raffinée, faite d’écrivains, de musiciens et de peintres dont Corot et Isabey. Eugène Boudin est le premier à y séjourner, en 1854, « pension à quatre francs par mois, nourri et couché », comme il l’écrit dans une lettre à un ami. Par la suite, il continue de s’y rendre pour déjeuner ou, simplement lorsqu’il revient d’Honfleur, pour y déguster un pot de cidre accompagné d’un plat de crevettes fraîches. Puis il y emmène des amis venus peindre avec lui à Honfleur qui, à leur tour, se plaisent et s’installent à la ferme Saint-Siméon. Courbet, Daubigny, Monet, Jongkind et bien d’autres se succèdent chez la mère Toutain et participent déjà, sans le savoir, à la renommée de cette petite auberge sans prétention que les historiens d’art qualifient pourtant aujourd’hui de « berceau de l’impressionnisme ».
À la ferme Saint-Siméon, aquarelle de Boudin 1862. On y voit Jongkind, van Marke, Monet et Achard. (© Musée du Louvres, Paris)
Rendez-vous avec Eugène Boudin
Lors de son premier séjour, Boudin trouve en Saint-Siméon une source d’inspiration inépuisable et voit dans cette nature qui l’entoure « un grand livre à déchiffrer ». Il y réalise plusieurs études et contemple la vue à la recherche de motifs plus originaux. Puis il peint une Nature morte au gigot, hommage à l’art culinaire de la mère Toutain, qui reste actuellement un des plus beaux témoignages de cette atmosphère si particulière. Dans ces années 1855, les artistes sont déjà nombreux à venir à Saint-Siméon. Ils y mangent bien et manifestent leur contentement en dessinant sur les murs des petits dessins éphémères, à la craie, au charbon ou à lamine de plomb.
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