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La Côte des Îsles

Entre terre et mer

La Côte des Îsles se distingue par l’étroite imbrication de ses paysages littoraux et bocagers. Leur évolution a façonné un territoire original, marqué par les échanges, la navigation et l’exploitation des ressources naturelles.

Le cap de Carteret est occupé depuis plus de 10 000 ans. À travers les âges, il a toujours constitué un point stratégique. C’est aujourd’hui un haut lieu touristique, dominant la Manche et les îles Anglo-Normandes.

Le cap de Carteret est occupé depuis plus de 10 000 ans. À travers les âges, il a toujours constitué un point stratégique. C’est aujourd’hui un haut lieu touristique, dominant la Manche et les îles Anglo-Normandes. (© Stefan Klaas)

Mis à jour le 2 juillet 2026 à 21:03 Par
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Aux origines d’un territoire

Les recherches archéologiques menées sur le cap de Carteret témoignent d’une occupation humaine remontant à plus de 10 000 ans. Plus au nord, dans la Hague, ont été mises au jour les plus anciennes empreintes humaines actuellement connues de Normandie, au pied des falaises du Rozel. À Carteret, le Castel domine la mer de plus de soixante mètres et offre un poste d’observation remarquable. Les campagnes archéologiques y ont révélé des vestiges mésolithiques et néolithiques, notamment des outils en silex, des structures d’habitat, des silos et une enceinte fossoyée datée du Ve millénaire avant notre ère. À cette époque, le littoral diffère profondément de celui d’aujourd’hui. La remontée du niveau marin après la dernière glaciation transforme progressivement les vallées en havres et estuaires, donnant naissance aux paysages caractéristiques de la côte occidentale du Cotentin. Le site demeure occupé durant la protohistoire et son caractère défensif est renforcé par un rempart de terre formant un éperon barré facilement défendable.

Dès l’âge du Bronze, la Côte des Îsles occupe une place privilégiée au sein des réseaux d’échanges de la façade atlantique. Située sur les routes maritimes reliant le sud de l’Angleterre, les Îles Britanniques et le continent, elle participe à la circulation des métaux, notamment de l’étain. Le havre de Portbail, grâce à son abri naturel, apparaît comme une escale importante sur ces itinéraires commerciaux. Les havres et estuaires offrent alors des points d’accès privilégiés vers l’intérieur des terres, favorisant les échanges entre les communautés littorales et l’arrière-pays.

Cette vocation maritime se confirme durant la période gallo-romaine. Le havre de Portbail demeure un point de contact majeur entre la Gaule et les Îles Britanniques. Les découvertes d’amphores vinaires et oléicoles, de monnaies, de céramiques et d’établissements ruraux témoignent de l’intégration du territoire aux réseaux commerciaux de l’Empire romain. Les campagnes s’organisent autour de domaines agricoles exploitant les terres fertiles du plateau tout en tirant parti des ressources du littoral. Cette prospérité favorise également l’enracinement précoce du christianisme. Dès le Ve siècle, les échanges maritimes contribuent à diffuser la nouvelle religion vers les marges occidentales de la Gaule. À Portbail, l’édification d’un sanctuaire chrétien sur un ancien lieu de culte gallo-romain illustre cette transition.

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Cet article est paru dans Patrimoine Normand n°138. Retrouvez-le dans le numéro complet, disponible en version papier ou numérique.

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