Patrimoine Normand

Le cycle arthurien de Chrétien de Troyes : des héros normands

Chrétien de Troyes arrive à Domfront dans le sillage de Henri II Plantagenêt et Aliénor d’Aquitaine. Unis en 1152 à la cathédrale de Lisieux, ils ont déjà donné le jour à cinq enfants : Guillaume, mort à trois ans ; Henri le Jeune, que son père associera un jour à son règne (à partir de 1170) ; Mathilde, future duchesse de Saxe ; Richard, qui à quatre ans a déjà un cœur de lion ; et Geoffroy qui recevra en fief la Bretagne. En ce jour de Noël 1161, on baptise la dernière-née du couple royal. Richard de Saint-Victor, un ami de Thomas Becket, administre dans la chapelle du donjon ducal son premier sacrement à Aliénor ; elle épousera le roi de Castille Alphonse VIII, un ténor de la Reconquista contre les Musulmans. Le premier romancier en langue française assiste à l’événement, tout en rêvant à ses trois nouveaux personnages. À ses trois nouveaux romans.

Donjon de Domfront (61), édifié par Henri Ier Beauclerc entre 1092 et 1123.

Donjon de Domfront (61), édifié par Henri Ier Beauclerc entre 1092 et 1123. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

Mis à jour le 17 mai 2026 à 13:19 Par
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Depuis plusieurs mois, l’homme de lettres est bercé par les récits merveilleux du monde celtique, en particulier ceux de la geste arthurienne, dont il a lu tout ce qui en a été rédigé jusqu’alors. Il a déjà signé Erec et Enide, qui reprend le mythe du couple, celui de Tristan qu’il traite au second degré, et où il allie chevalerie et fine amor (l’amour raffiné). Venus de la toute proche Bretagne armorique, des contes comme ceux de Guigemar, d’Equitan, de l’Aüstic, d’Yonec ou d’Eli­duc, fixés par l’oralité du côté de la forêt de Brocéliande, sont colportés d’un château à l’autre. La poétesse anglo-normande Marie de France saura les pérenniser grâce à son remarquable talent d’écriture, avant de mettre la Normandie en scène dans le Lai des deux amants et dans celui de Milun (Milon), où elle cite le pays de Logres ; le royaume d’Arthur est plus largement évoqué encore dans le Lai de Lanval.

Autour de Chrétien, on en parle aussi. La légende de la Fosse-Arthour prétend que pour avoir osé franchir la rivière (la Sonce) après le coucher du soleil afin de rejoindre Guenièvre sur l’autre rive, le roi de Logres a été frappé par la mort. Depuis, selon une version locale en radicale opposition avec l’ensemble de la tradition arthurienne, il reposerait dans le chaos des rochers.

Fresque des chapelles oratoires de Passais (61). À droite : Aliénor d’Aquitaine et l’une de ses filles ; À gauche : Guillaume Talvas, seigneur de Domfront et Guillaume, abbé de Lonlay, inspirateurs de héros de Chrétien de Troyes.

Fresque des chapelles oratoires de Passais (61). À droite : Aliénor d’Aquitaine et l’une de ses filles ; À gauche : Guillaume Talvas, seigneur de Domfront et Guillaume, abbé de Lonlay, inspirateurs de héros de Chrétien de Troyes. (Photos Éric Bruneval © Patrimoine Normand)

Dans le nord du Passais, à quelques kilomètres au nord-est du lieu-dit la Fosse-Arthour, se dresse l’abbaye Notre-Dame de Lonlay, élevée sur les bords de l’Egrenne vers 1020 par le redoutable Guillaume Ier Talvas1, que ses péchés ne dispensaient pas (bien au contraire !) des actes religieux propres à son époque. L’abbaye relève du diocèse du Mans. Rien d’étonnant à cela, puisque les Bellême rendent hommage à trois suzerains différents : en Normandie, en Maine et en France. Au début du XIe siècle, l’évêque du Maine n’est autre qu’Avesgaud, un fils d’Yves de Bellême, autrement dit, un frère de Guillaume Talvas. Ce sont donc tout naturellement des moines de Saint-Benoît-sur-Loire (Fleury-sur-Loire) qui occupent le nouveau monastère, avec à sa tête un abbé du nom de Guillaume. Un fils de Talvas, Benoît, y vient même comme oblat2.

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Notes

  1. Sur Guillaume Talvas et le contexte historique du Cycle arthurien de Chrétien de Troyes, lire Patrimoine Normand33 ; sur la Fosse-Arthour, lire Patrimoine Normand34 ; pour en savoir plus, lire Promenade en Normandie avec des écrivains médiévaux, éditions Charles Corlet, 1996.
  2. Un oblat est le plus souvent un enfant pauvre offert par ses parents à un monastère. Dans le cas de Benoît, il s’agit d’un jeune homme de bonne famille venu y faire ses études.
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