Patrimoine Normand

Statue de Guillaume le Conquérant à Falaise

Dominant la place Guillaume-le-Conquérant à Falaise, la statue équestre du duc de Normandie témoigne du renouveau de l’intérêt porté au passé médiéval au XIXe siècle. Fruit d’un long projet mêlant érudition locale, souscriptions publiques et soutien politique, ce monument incarne la redécouverte de Guillaume le Conquérant dans une Normandie alors en quête de mémoire historique.

Statue de Guillaume e Conquérant à Falaise

La statue équestre de Guillaume le Conquérant à Falaise. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

Mis à jour le 23 mai 2026 à 22:25 Par
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Après les indispensables reniements de la tourmente révolutionnaire, la France redécouvre son passé. La Normandie se souvient alors de son septième duc. Le 5 novembre 1805, la nouvelle loge maçonnique de Falaise adopte le nom de « berceau de Guillaume le Conquérant ». Sous la Restauration, Arcisse de Caumont crée à Caen en 1823 la Société des Antiquaires de Normandie, vite rejointe par une dizaine d’érudits de Falaise. C’est à ladite société qu’en 1837 François Guizot, lui-même professeur d’histoire, et ministre de l’instruction publique (on lui doit la loi sur les écoles primaires), réclame une statue de Guillaume le Bâtard dans la ville qui l’a vu naître.

Monsieur de Brébisson « antiquaire », mais aussi spécialiste des mousses au sein de la très savantes « Société d’Agriculture, d’Industrie, des Sciences et des Arts de l’Arrondissement de Falaise » (on préférait en ce temps le long développement d’une appellation à l’obscure concision d’un sigle) prend l’affaire en mains. Il crée (quatre ans plus tard !) un comité destiné à rendre au fils d’Arlette et de Robert l’hommage qu’il mérite. Le docteur Delange (adjoint du maire de Falaise Henri Leclerc) l’assiste dans cette tâche. Une souscription est ouverte, à laquelle tout le monde participe, de l’humble tâcheron à l’évêque de Bayeux. Louis-Philippe en personne y va de son obole ! La Telle du Conquest, miraculeusement sauvée de l’iconoclasme jacobin, servira de modèle à l’artiste. Bien entendu, la statue de ce cavalier hors pair sera équestre ou ne sera pas. Pendant six ans, elle ne sera pas.

De gauche à droite : Rollon ; Guillaume Longue-Épée ; Richard sans Peur ; Richard le Bon ;  Richard III ; Robert le Magnifique.

De gauche à droite : Rollon ; Guillaume Longue-Épée ; Richard sans Peur ; Richard le BonRichard III ; Robert le Magnifique. (© Photos Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

La monarchie s’éteint, la Seconde République s’allume. Le 11 septembre 1850, en route vers Argentan, le Prince-Président rend visite à Falaise. C’est le moment ou jamais de glisser à l’oreille attentive de Louis-Napoléon Bonaparte, parmi d’autres doléances, la question du financement de la statue. En tournée pré-électorale pour son plébiscite impérial, le visiteur accède volontiers à la requête de ses hôtes. Grâce à sa générosité et à celle du duc de Chambord, le projet modelé dans la glaise par le sculpteur Louis Rochet pourra enfin voir le jour. On le coulera même dans le bronze, et non dans la fonte comme on l’avait initialement décidé. Le conseiller municipal Lebailly choisit son implantation devant l’hôtel de ville.

Place Guillaume-le-Conquérant à Falaise.

Place Guillaume-le-Conquérant à Falaise. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

L’inauguration a lieu le 26 octobre 1851, face à un parterre de 30 000 spectateurs à l’issue d’une messe à l’église de la Trinité. Guizot, qui désormais ne se consacre plus qu’à l’écriture, y prononce un discours dithyrambique à la gloire du Conquérant. Après un feu d’artifice, les festivités durent fort avant la nuit. Il avait prévu de faire accompagner Guillaume par ses prédécesseurs, mais le Second Empire mourra sans que voient le jour les statues en pied des six ducs. Il faudra attendre le 19 septembre 1875 pour que, grâce à l’industriel Lebailly (toujours lui), les socles reçoivent enfin le premier Guillaume, les deux Robert et les trois Richard.

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