La victoire de Varaville
La saga du septième duc
Le 22 mars 1057, dans les marais de la Dives, Guillaume le Bâtard inflige au roi de France Henri Ier et à Geoffroy Martel une défaite décisive qui marque un tournant majeur de son règne. Après Mortemer, la victoire de Varaville consacre définitivement l’autorité du jeune duc de Normandie, désormais maître de son duché et acteur incontournable de la chrétienté occidentale.
Varaville. Monument commémoratif de la bataille de 1057. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)
La trêve de 1054 va permettre à Guillaume de régler le dernier litige qui l’oppose aux membres les plus hostiles de sa grande famille. Avec le concours de Lanfranc. Depuis que le duc de Normandie a épousé Mathilde de Flandre, le Prieur du Bec fait des pieds et des mains auprès du saint Père pour lui faire reconnaître cette union. Pour l’instant, le pape Victor II ne veut encore rien entendre, mais force lui est de constater que le Bâtard n’a rien entrepris qui puisse nuire à son autorité, même s’il continue à nommer lui-même les évêques normands, sans demander son avis à Rome. En effet, Guillaume n’a-t-il pas pris fait et cause contre les thèses de Béranger ? (lire l’encadré sur cette querelle théologique). N’a-t-il pas combattu sur le champ de bataille le comte d’Anjou qui, lui, défendait l’hérésiarque ? Quant au roi de France lui-même, excommunié pour ses pratiques simoniaques1, il s’est lui aussi retrouvé les armes à la main face au duc de Normandie, qui de plus en plus souvent émerge des princes de son temps comme la figure de proue du vrai christianisme en Occident (1054 est aussi, rappelons-le, l’année du schisme d’Orient qui sépare Rome de Byzance). Sans parler des nombreux monastères qu’il restaure, termine, ou envisage de construire un peu partout sur ses terres, telles les deux grandes abbayes caennaises dont Lanfranc est en train d’étudier les plans, avec son élève du Bec, Gondulphe. Assurément, cet homme-là n’est pas, ne peut être l’ennemi du pape. Et chacun doit désormais compter avec lui.
Face à Guillaume, il ne reste plus sur l’échiquier normand qu’une pièce ultime, mais non des moindres : son oncle l’archevêque de Rouen. Assis sur le siège primatial dès l’âge de vingt ans, ce fils du duc Richard II et de sa concubine Papia, ce frère du rebelle Guillaume d’Arques qu’il a sans cesse soutenu dans l’ombre, complote depuis toujours contre son neveu de duc. À cause de lui, Guillaume a dû se résoudre à convoler avec Mahaut, non dans la cathédrale de Rouen, ainsi qu’il aurait sis à une cérémonie de ce rang, mais en la ville d’Eu, aux marches de son duché.
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Notes
- La simonie est le commerce de ce qui est sacré, au premier chef les sacrements eux-mêmes (dont l’ordination des prêtres et des évêques) décernés aux clercs ou aux fidèles.